Les deux cerisiers

Je plante un cerisier qu’on m’a donné. Quelques mois plus tard, je découvre qu’un autre cerisier pousse spontanément non loin du mien, sans doute issu d’un noyau qu’un oiseau aura bien voulu transporter.

Je n’arrose ni l’un ni l’autre. La sécheresse vient.

Mon cerisier se bat pour maintenir quelques feuilles intactes et assurer la photosynthèse qui permettra aux racines de se développer pour aller chercher de l’eau plus en profondeur. À côté, comme pour le narguer, le cerisier sauvage est d’un vert arrogant et montre une croissance presque anormale compte tenu du manque d’eau. Presque. Car je comprends bien que le noyau vagabond a germé là après avoir trouvé les conditions idéales à son réveil. Peut-être une couche d’humus légèrement plus épaisse due à ce creux d’un mètre carré où s’est accumulée plus de matière organique qu’ailleurs. Sans doute ses premières racines auront-elles été rapidement colonisées par un champignon symbiotique dont le mycélium sert de réseau d’échange de nutriments entre différentes plantes parfois fort éloignées et permet au cerisier de troquer un excédent de carbone rejeté par ses racines contre de l’eau que le champignon va aller chercher, stocker et délivrer quand le besoin de ses plantes-hôtes se fera sentir. On sait que la capacité d’exploration du sol en quête d’eau est dix fois plus importante pour les plantes colonisées par le mycélium que pour celles qui ne l’ont pas été.

Mon cerisier n’aura sans doute pas eu cette chance. Peut-être n’est-ce qu’une question de temps. Mais pour l’heure, livré à lui-même, il accuse un mauvais départ. Son voisin sauvage ne se situe pas exactement là où j’aurais aimé avoir un cerisier, mais le fait est qu’il pousse et sera le premier à me donner des fruits.

Il faut apprendre à composer avec le réel et faire confiance au génie naturel du lieu.

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