Le royaume des adventices

Dans un parc de Bucarest, il n’y a pas de gazon à la française. Rien que des adventices. Pissenlits, chénopodes, orties, plantains, achillées, stellaires… Toute une jungle de plantes spontanées qui ravit l’œil et offre un vrai sentiment de nature. Dans un parc parisien, cela serait impossible, car il faut bien justifier le salaire des agents des espaces verts. Pas un brin d’herbe ne doit être plus haut que l’autre pour un bel effet paillasson en toute saison. Dans un parc londonien, j’ai même vu, à côté d’un gazon vert fluo bien brossé, des adventices protégées derrière une grille avec ce panneau tragique : “Ne pas marcher. Zone de biodiversité.” Dans un parc de Bucarest, cela ne pourrait arriver, car le manque d’argent amène à d’autres priorités que de vouloir en permanence contrôler les processus spontanés.

Parfois le manque d’argent est une chance pour le sauvage.

Dans une forêt roumaine, les arbres sont si vieux qu’ils appartiennent à un temps où la croissance n’était qu’un terme biologique. De fait, ils n’ont rien coûté au gouvernement actuel. La Roumanie comporte quelques-unes des dernières forêts primaires d’Europe. On ne sait comment valoriser un tel patrimoine pourtant inestimable. Alors on vend, ici aux Chinois, là à Ikea. Eux sauront quoi en faire. Et on rase ; et on débite. Le gouvernement roumain avait besoin d’argent facile : le voilà.

Parfois le manque d’argent est un risque pour le sauvage.

Plus le sauvage est ancien et patrimonial, plus il est menacé.

Craignons que le sauvage de demain ne se limite au règne des adventices.

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