Un changement de paradigme en 3 étapes

Rappelle-toi que les idées révolutionnaires ont toujours dû affronter 3 réactions avant de s’imposer.

Dans l’ordre :

  1. “C’est ridicule !”
  2. “C’est dangereux !”
  3. “C’est évident !”

Toutes les idées révolutionnaires. Que ce soit le droit de vote des femmes, la fin de l’esclavage, l’abolition de la peine de mort…

Il en sera de même pour que la voie sauvage fasse son chemin dans les consciences.

Aujourd’hui, l’idée de laisser plus de place au sauvage dans nos sociétés prête à sourire. Même lorsqu’un scientifique respecté comme Edward O. Wilson appelle à consacrer la moitié de la planète à la vie sauvage pour vivre en équilibre avec la biosphère, on loue la générosité du concept, tout en pouffant de son caractère farfelu – mis sur le compte du grand âge du double Prix Pulitzer. Se défaire d’une partie de notre emprise durement acquise pour la rendre à la nature ? Allons, un peu de sérieux !

Demain, quand davantage de scientifiques, d’ONGs et de collectifs citoyens abonderont dans le même sens, les acteurs économiques et politiques se ligueront contre nous. Ils n’hésiteront pas à nous traiter de tous les noms (misanthropes ! fascistes ! écoterroristes ! décroissants !), nous accuser de tous les maux, disant craindre le retour des heures les plus sombres de l’Humanité, nous rendant responsables d’une apocalypse à venir, se dressant en remparts contre la décadence et se portant garants d’une continuité de l’ordre établi. Les porteurs de la voie sauvage deviendront des cibles à abattre. Même déstabilisés (ou plutôt parce que déstabilisés), la violence dont ils sauront faire preuve pour tenter de maintenir leur empire intact n’est pas à sous-estimer. Il n’est pas d’animal plus dangereux qu’un lion blessé. Mais leur empire s’effrite par leur faute, malgré nous. Ils sont leurs propres ennemis. Nous ne souhaitons que trouver une place durable dans le monde d’après-demain.

Après-demain, lorsque l’opinion publique sera avec nous, le changement sera inéluctable. La nature, profitant des failles des délaissés, aura çà et là commencé à reprendre ses droits, sans entraîner l’extinction du genre humain pour autant. Avec le retour des services écosystémiques, un cercle vertueux se mettra en place. Le sauvage se verra réserver une place de plus en plus grande, aussi bien dans des espaces protégés que dans nos environnements bâtis, et un regain de confiance en les bienfaits de la nature nous fera accepter le lâcher-prise jusqu’à trouver notre point d’équilibre. Un nouveau paradigme de société s’inventera. Nous cesserons de vouloir « nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature ». Nous apprendrons le non-agir tout autant que l’agir. Nous hisserons l’improductivité économique de certains espaces comme critère de bonne santé écologique. Nous vivrons en passagers de la biosphère, en voisins du vivant, en jardiniers de nos justes besoins, prenant soin de la communauté biotique avec la certitude qu’elle prend soin de nous en retour.

Aujourd’hui, ils rient. Après-demain, la vie vaincra.

Laissons-les rire et travaillons.

“Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront.”

René Char

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